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Les tauromachies autochtones.
Ce sont essentiellement la course Landaise (originaire des Landes) et la course Camarguaise (originaire de Camargue) qui s’apparentent plus à des " jeux" qu’à des combats puisqu’il s’agit d’esquiver la charge de l’animal et qu’il n’y a pas de mise à mort. La course landaise. Il s’agit d’un spectacle vendu dans plus de 100 localités du département des Landes et une quinzaine de cités des départements limitrophes. La course landaise met en jeu des vachettes sélectionnées pour leur vivacité, dont des virtuoses doivent esquiver les charges. Certains y voient une exhibition sportive, d’autres l’assimileraient plutôt au cirque. De fait, il s’agit d’un concours d’adresse. Le concours dit "formel" est généralement doté de prix récompensant les intervenants et suivi d'exhibitions comiques. La véritable course Landaise apparaît vers le milieu du XIX ème siècle. En effet, les éleveurs louant les animaux, et les "artistes" (sauteurs et écarteurs), trouvèrent dans la réglementation la possibilité de gagner de l'argent en faisant payer leurs prestations. Vers 1900 les vachettes remplacèrent les taureaux et vers 1920 la course landaise avait sa forme actuelle. Essayons de décrire brièvement ce spectacle qui se déroule dans des arènes en forme de fer à cheval ou circulaires (ces dernières permettant d'y organiser des corridas !!!). Les localités dépourvues d'arènes louent des arènes démontables pour la circonstance. Les intervenants sont organisés en équipes (cuadrillas) comprenant un entraîneur, sept écarteurs, un sauteur, un teneur de corde (cordier) et un vacher. Ces équipes portent les couleurs de l'élevage auquel elles sont liées. La course commence par le lâcher de l'animal qui, privé de liberté, va charger les personnes se trouvant sur la piste. A l'exception de la première sortie, une corde, fixée aux cornes, permet certains contrôles de la bête en rapport avec la complicité qui est de mise entre les écarteurs et le cordier. Un écarteur appelle la vache qui fonce dans sa direction. La performance consiste à esquiver la vache, le plus tard possible et le plus près possible, par une rotation extérieure ou intérieure. Moins l'écarteur concède de terrain, plus l'exploit est apprécié du public et des juges. Le saut par-dessus l'animal est aussi très spectaculaire. Il peut être simple, à pieds joints, périlleux (rotation par-dessus la tête), périlleux vrillé ou de "l'ange" (figure élégante consistant à "survoler" la bête, la réception se terminant par une cabriole). A la fin de la prestation le vacher rappelle la vache par son nom et celle-ci rentre généralement sans problème dans sa loge. Nous venons de voir que malgré l'utilisation d'animaux pour le divertissement des humains, utilisation condamnable pour les défenseurs des animaux que nous sommes, les vachettes landaises ne sont pas réellement soumises à des sévices graves et des actes de cruauté. Par ailleurs, certaines, particulièrement "collaboratrices" font des "carrières" de plus de dix ans, pour le plus grand plaisir, notamment financier, de leurs propriétaires. Comme de coutume les courses landaises donnent lieu à des lâchers de jeunes bovins dans les rues. Il arrive que des animaux soient alors maltraités par des énergumènes excités par l'ambiance et l'alcool. Il y a lieu de s'élever contre de telles pratiques. Nous évoquerons plus loin la relation entre la course landaise et les corridas ibériques. La course Camarguaise. Dans la frange littorale qui va d'Avignon à Montpellier se pratique ce qu'on appelait autrefois "course libre", "course provençale" ou "course à la cocarde" et qu'on appelle plutôt aujourd'hui Bouvine ou course Camarguaise. De quoi s'agit-il ? On fixe au front du taureau (ou de la vache) "3 attributs" : une cocarde rouge et deux glands de laine blanche. Les 3 objets sont maintenus en place par des "ficelles" enroulées à la base des cornes. Des jeunes gens vêtus de blanc et tenant à la main un quadruple crochet métallique - le raset - tentent d'arracher les "attributs" du bovin qui se défend en chargeant tous ceux qui s'approchent de lui. Pour échapper à l'animal, "les raseteurs" sont souvent obligés de franchir d'un bond la barrière de bois qui limite l'arène. La bête, emportée par son élan, heurte la barrière plus ou moins violemment. Ce choc, dit "coup de barrière", prouve, selon les amateurs, la combativité, la valeur de l'animal. Au bout d'un quart d'heure, le bovin, qu'il ait ou non perdu ses "attributs", est ramené au toril et on fait sortir la bête suivante. Notons au passage que tout au long du spectacle des "donateurs", le plus souvent des commerçants, font leur publicité en attribuant des sommes d'argent (primes) pour récompenser les meilleures interventions des raseteurs. Ces derniers joignant ainsi l'utile à ce qu'ils estiment l'agréable. Diversité des tauromachies camarguaises Abrivado. La " bandido". La " bourgine", ou " taureau à la corde". Le taureau-piscine. Les critiques. Dans tout ce que nous venons d'évoquer, le but des hommes n'est jamais de tuer ou même de blesser les bovins, mais seulement de jouer à leurs dépens. La différence avec la corrida espagnole et la corrida portugaise est donc fondamentale. Ces jeux s'accompagnent de mauvais traitements à animal et occasionnent parfois des blessures mortelles pour les hommes et les animaux. Le quadruple crochet métallique utilisé par les raseteurs en course camarguaise crève parfois un oeil aux bovins. Dans ces mêmes courses, les heurts violents des animaux contre la barrière sont sources de traumatismes. Presque tous les taureaux utilisés dans ces courses sont soumis au "bistournage", opération qui consiste à les rendre stériles en brisant, sans anesthésie, les canaux spermatiques par torsion au moyen d'une pince. Sous prétexte d'identification, tous les bovins camarguais et tous les chevaux de gardians sont marqués au fer rouge. Le jour de ce marquage à feu, on découpe sans anesthésie les oreilles des veaux et des génisses pour leur donner une forme spécifique à chaque éleveur. C'est "l'escoussure". Cette double opération de marquage, érigée en spectacle, donne lieu à une fête vendue aux touristes sous le nom de "ferrade". Les amateurs qui paient pour voir de jeunes animaux traqués, jetés au sol, brutalisés, brûlés et mutilés peuvent-ils avoir d'autres motifs que le sadisme ? Enfin abrivados et bandidos, jeux violents et dangereux, provoquent non seulement des blessures mais aussi parfois des décès. Plusieurs maires ont été traduits en justice en raison du décès de deux personnes tuées au cours d'abrivados. On nous dit aussi parfois que nos tauromachies autochtones seraient des remparts contre la pénétration de la corrida. C'est une erreur manifeste. Les deux régions françaises où existent des traditions taurines indigènes - les Landes et le pays camarguais - sont précisément les deux régions de France où la corrida s'est le mieux implantée. Tout se passe comme si course Landaise et course Camarguaise avaient préparé le terrain et créé les conditions les plus propices au développement de la corrida. Les tauromachies ibériques (espagnoles et portugaises) La corrida pédestre et ses corollaires. Une corrida de toros (dite aussi corrida formelle) c’est le supplice de 6 taureaux torturés, jusqu’à ce que mort s’ensuive, par trois équipes de toreros. Chaque équipe (appelée cuadrilla) affronte deux taureaux. Composition de l'équipe : Une cuadrilla se compose de 6 hommes. Chaque taureau affronte donc 6 hommes à la fois :
C’est le supplice de 6 taureaux, l’un après l’autre torturés à mort.
Premier acte : le "tercio" de pique. Ils se contentent d’agiter leurs capes pour provoquer le taureau de loin et se réfugient, dès qu’il charge, derrière la barrière en bois protectrice qui entoure l’arène. Pour rendre l’animal toréable, il faut commencer par l’affaiblir. C’est le rôle du picador qui entre alors en piste. Leurs montures sont de lourds chevaux de trait cuirassés par un caparaçon à l’épreuve des cornes mais qui ne le protège que très partiellement. En cas de chute, il lui sera quasiment impossible de se relever, devenant par conséquent une “proie facile” pour le taureau. Il provoque l’attaque du taureau et, pendant que celui-ci s’efforce de soulever et de renverser le pesant groupe équestre, le picador, avec sa longue pique, inflige au taureau une large et profonde blessure dans la région du garrot (entre les épaules). Si la bête est invalide (ce qui devient fréquent de nos jours), après le premier coup de pique, le picador reçoit l’ordre de se retirer. Si, au contraire, le “fauve” est jugé redoutable, il peut recevoir jusqu’à 7 coups de pique et même davantage. La base de son cou est alors en charpie. C’est à coups de tête qu’un taureau se bat. Le blesser à la base du cou, c’est le désarmer. Après ce “châtiment” (c’est le terme officiel) l’animal épuisé par la lutte, les blessures et le sang perdu risque de “s’éteindre” c’est-à-dire de ne plus se battre, ce qui mettrait fin au spectacle, à la grande déception du public qui en veut pour son argent. C’est pourquoi le picador cède alors la place aux peones armés de banderilles. Deuxième acte : le "tercio" de banderilles. Pourquoi des harpons ? Pour que l’arme, une fois enfoncée dans la chair, ne puisse pas s’en détacher. A chaque mouvement de l’animal, les banderilles se balancent, remuant chaque fer dans chaque plaie. D’où une vive douleur, sans cesse renouvelée. Mesure-t-on bien le degré de sadisme qu’il faut pour inventer, fabriquer et employer de tels instruments de torture ? Rendu furieux par cette souffrance continuelle, le taureau, bien qu’affaibli par ses blessures, se jette sur le leurre tendu par ses tortionnaires, multiplie les charges, brûlant au combat toutes ses réserves d’énergie. Cette époque, heureusement révolue, n’est pas si lointaine et suggère de très sombres réflexions sur le tréfonds du “coeur humain”. En stimulant ainsi la bête pour mieux l’épuiser, on la prépare pour le dernier acte : la mise à mort. Troisième acte : "le tercio" de mort (dit aussi de muleta) Il est armé d’une épée et d’une muleta (morceau d’étoffe rouge) avec laquelle il attire et dirige les charges du taureau. A mesure que la bête s’épuise, ses charges se font de plus en plus courtes. Quand l’homme juge que sa victime est à bout de forces et qu’elle est bien placée, il lui fait baisser la tête en lui présentant la muleta au ras du sol et lui plonge son épée dans le garrot, ce garrot déjà martyrisé par les piques et les banderilles. L’homme n’étant pas beaucoup plus grand que la bête, il ne peut planter son arme verticalement, mais selon un angle de 45 degrés environ par rapport à l’horizontale. La lame ne peut donc jamais atteindre le coeur. Au mieux, elle tranche de gros vaisseaux sanguins près du coeur, ce qui, par hémorragie interne, provoque la mort en quelques minutes. L’adroit tueur est alors applaudi par la foule. Mais souvent, l’arme ne pénètre qu’à demi ou, mal dirigée, sort par le flanc. Souvent aussi elle transperce un poumon. La victime semble alors vomir son sang et meurt asphyxiée. Quand le premier coup d’épée ne tue pas assez vite, un peon se glisse derrière le taureau et, d’un geste vif, retire l’épée. Il la rend au matador qui recommence la mise à mort. Il n’est pas rare que des taureaux reçoivent ainsi 5 ou 6 coups d’épée et souvent plus ! C’est fréquemment le cas dans les novilladas, corridas où s’affrontent de très jeunes taureaux et des "matadors" débutants, plus ou moins maladroits. Dans tous les cas, un coup de grâce est donné à la nuque, pour sectionner la moelle épinière, avec une épée spéciale (descabello) ou un poignard (puntilla). Il ne reste plus qu’à faire venir un attelage de chevaux ou de mules (arrastre) pour traîner le cadavre hors de la vue du public. Les valets de piste (areneros) avec des râteaux, effacent les traces de sang sur le sable et on peut ouvrir la porte du toril à la victime suivante. Entre l’entrée en piste de chaque taureau et la sortie de son cadavre, il s’écoule environ 20 minutes. Une corrida dure deux heures. Il paraît que cette succession de supplices constitue le plus beau spectacle du monde. Vous et nous ne comprenons rien à la beauté. Il existe autour de la corrida formelle des spectacles que nous pourrions qualifier de "corollaires" ce sont :
La corrida à cheval ou corrida de rejones. Les origines. Comme la corrida pédestre, la course de rejones se déroule en 3 tercios, c'est-à-dire en 3 actes. 1er acte : le tercio de pique Le cavalier tient à la main une arme appelée "rejon de châtiment". C'est un long manche de bois prolongé par une lame de poignard. L'ensemble a l'aspect d'un javelot. Le cavalier, dit "rejoneador" ou "caballero en plaza", provoque la charge du taureau en galopant vers lui. Le cheval, dressé à cet effet, esquive de justesse le coup de corne et, pendant que les deux bêtes se frôlent, l'homme en profite pour clouer son arme entre les épaules du bovin. Un rejon est conçu pour se casser en deux : la lame reste enfoncée dans la chair tandis que le caballero emporte le manche dans sa main. Après une course poursuite, le taureau, distancé par le cheval, s'immobilise. Le torero se fait donner un autre rejon, s'élance et plante cette 2ème arme comme la première. A la fin du premier tercio, le taureau porte, fichées entre les épaules, 2 ou 3 lames d'acier longues de 15 cm. Il saigne beaucoup et chaque pas qu'il fait est un supplice. 2ème acte : le tercio de banderilles Le règlement taurin autorise le rejoneador à planter au même taureau 4 banderilles longues et 3 courtes. 3ème acte : le tercio de mort Remarques Ces dernières années, les rejoneadores ont pris l'habitude de se mettre à deux contre un seul taureau, ce qui aggrave encore l'inégalité du "combat". Enfin, alors que le taureau s'épuise, les cavaliers changent de cheval dès que leur monture se fatigue et ils utilisent en général un cheval différent pour chaque tercio. Conclusion Les aficionados sont intarissables sur "l'art taurin" mais ce qui les fait vibrer, c'est moins l'élégance d'une véronique que le danger couru par les toreros. Si la course de rejon est moins appréciée et donc beaucoup moins fréquente que la corrida pédestre, c'est sans doute parce que les rejoneadores ne risquent guère leur précieuse petite peau. L'essor actuel du rejoneo s'explique probablement par la vogue grandissante de l'équitation. La corrida portugaise dite aussi forcados Les forcados (dits aussi mozos de forcado ou pegadores) sont des toreros portugais. Ils agissent en équipe, sous la conduite d'un chef appelé "caporal". Leur rôle est d'immobiliser le taureau selon des règles précises, la plus connue étant la "pega de cara": le caporal provoque le taureau en se présentant devant lui face à face. Lorsque l'animal baisse la tête pour charger, l'homme se jette entre les cornes et s'accroche vigoureusement à elles. Les autres membres de l'équipe s'élancent à leur tour, empoignent le taureau et joignent leurs forces pour l'immobiliser. Cet exploit serait bien difficile à réaliser avec un animal en pleine possession de ses moyens. C'est pourquoi les forcados n'interviennent qu'à la fin d'une "tourada" (course de taureaux portugaise), une fois que le taureau a été blessé et épuisé par un "cavaleiro" (torero portugais monté sur un cheval agile et bien dressé). Ce cavalier emploie comme armes des "farpas", banderilles portugaises plus longues, plus lourdes, plus douloureuses que celles des toreros espagnols. Le cavaleiro provoque la charge du taureau en galopant à sa rencontre, esquive les cornes, plante une banderille au passage et s'enfuit, poursuivi par le taureau. Mais le cheval étant plus rapide, le poursuivant ne tarde pas à arrêter la poursuite. Le torero empoigne une nouvelle "farpa", provoque de nouveau son adversaire, l'esquive, plante son arme et s'enfuit. La course portugaise est une monotone répétition des mêmes gestes. L'animal supplicié ne tarde pas à être hérissé de banderilles qui se balancent à chacun de ses mouvements, remuant chaque fer dans chaque plaie. C'est seulement quand le taureau est à bout de forces, épuisé par les poursuites, par ses blessures et par le sang perdu que les forcados interviennent. C'est justement parce que les mots "corrida portugaise" ou même "course portugaise" évoquent le sang, la cruauté et la mort que les organisateurs de ces spectacles préfèrent souvent les annoncer sous la dénomination de "forcados", terme moins choquant pour le public mal informé. Ne nous laissons pas duper par une étiquette hypocrite ! |